Un documentaire, Gerhard Richter painting1 : une rencontre. Je ne connaissais pas cet artiste et les rares toiles que j’avais certainement croisées au Musée d’Art Moderne de Paris ne m’avaient pas retenue. Dans la salle obscure face au travail d’une documentariste de talent je rencontrai pour la première fois l’oeuvre de Richter ainsi que le peintre lui-même se prêtant à des échanges avec la réalisatrice Corinna Belz. Celle-ci nous fait entrer pianissimo dans l’univers du peintre, elle a choisi avec attention une musique, jamais envahissante, qui accompagne l’image avec douceur ou bien qui laisse place au silence. Ici elle filme l’artiste à la tâche, il cherche l’équilibre entre deux toiles passant d’une technique à l’autre. Là elle l’écoute montrant les photos à l’origine de certaines de ces toiles. J’ai le sentiment d’assister à l’intime de l’acte créateur. Dans un corps à corps du peintre avec l’outil, le tableau nait sous nos yeux. Le documentaire n’est jamais bavard, fidèle de ce fait, tout aussi bien au peintre qu’à son œuvre. S’il y a quelques flashes sur des expositions antérieures notamment à Londres ou à New-York, ils ne sont là que pour accentuer la personnalité de Richter, fier de sa création et pourtant si humble. Un artiste de son temps marqué à tout jamais par l’histoire de son Allemagne natale. Son travail sur les photos de famille en étant un des aspects. La réalisatrice donne une respiration à ce parcours avec le peintre.

Saisie par le film, la visite du Panorama organisé au Centre Pompidou de Paris (6juin-24 septembre 2012) s’imposait à moi. Une œuvre d’une grande diversité. L’image peut-elle rendre compte de son être au monde, dans ce qu’elle provoque de regard ou dans ce qu’elle comporte de capture. Les photos, vestiges de l’enfance de l’artiste, constituent le filigrane d’un certains nombre de toiles. Qu’est-ce qui reste figé dans ces prises de vue ? Un oncle en uniforme nazie, une tante au fragile esprit le tenant dans les bras, traces de ce que d’autres ont vu et fixé. Richter ne tente-t-il pas par cette falsification de la photographie, en la reproduisant tout en la déformant et la voilant, de rendre compte de la tangibilité du monde saisi par le photographe et de son évanescence, s’estompant dans l’incertitude du souvenir. Les grandes toiles non figuratives ne sont pas sans évoquer l’effort du corps de l’artiste qui tente de s’unir à la matière, peinture et toile.

Il y aurait mille choses à dire tant l’exposition est riche dans la diversité des oeuvres exposées balisant 50 années de création. J’entends aussi bien les questions de l’enfant sur le monde cruel qui a été celui de l’Allemagne nazie, que celui de l’homme qui traverse avec son pays la guerre froide avec son mur et les actes terroristes de la bande à Baader, suite d’un passé non assumé et de criminels non punis à l’aune d’une véritable justice.

Richter un maître du temps qui nous conduit à interroger le rapport de l’art à l’actualité de notre monde et au regard que non seulement nous y portons mais aussi qui nous porte.

Françoise Meyer

juin 2012

1Gerhard Richter – Painting. 2011. Corinna Belz.

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