Krapp’s last tape.

Samuel Beckett

http://www.athenee-theatre.com/saison/fiche_spectacle.cfm/110714_krapp_s_last_tape.html

Jusqu’au 8 décembre 2011

Wilson espiègle ? Wilson facétieux ? Wilson génial clown ! Visage blanc, chaussettes rouges, seule couleur, ou presque, dans cet univers noir, gris, blanc dans lequel il nous fait entrer, dans lequel il nous happe, dans lequel nous sombrons avec le vieil homme, personnage beckettien, qui repasse sa cinquième bande, spool five, spoooool……

Si Beckett joue sur les mots et leur sonorité, Wilson est le mime du texte : gestes pensés, danses réglées, mimiques précises. Il nous fait entendre à merveille le silence, celui qui nous permet de penser, de rêver… silence des autres, silence du corps….

Spectacle qui commence par un coup de tonnerre et s’ouvre sur un univers organisé, de boîtes, de piles de documents, un bureau, des fenêtres en hauteur, telles des soupiraux, comme dans les caves ou comme dans les prisons, la lumière du jour ne parvient pas dans la pièce. En fond de scène une espèce de grille qui laisse penser à des casiers de tri postal mais tout aussi bien à des cages à lapin. Grand vacarme donc, puis l’espace est envahi par le bruit de la pluie, qui ressemble plus à un grincement qu’à une musique douce. Une pluie qui tombe avec intensité, flèches de son et de lumière.

Le personnage se déplace dans cet univers sans humanité, sans chaleur, sans plaisir, perdu au milieu de nulle part. Les bananes qu’il sortira du tiroir du bureau, seront les seules  à donner de la couleur et quelque douceur à cet homme prisonnier d’un sombre lieu : sa vie semble un enfermement. Ces fruits exotiques sont les dernières notes de plaisir, pour Krapp le ressasseur, avec la lointaine musique qui le fait encore danser. La vie tourne sur la bobine, répétition incessante de rares moments de bonheur, de plaisir, de rencontre où les femmes avaient quelque existence. Il dialogue avec la voix perdue de sa jeunesse, avec son passé figé sur une « tape », une bande…. Regrets et ironique jugement sur cet homme qu’il a été et pourtant la bande repasse encore et encore…

Wilson, fidèle à sa passion pour le visage peint et les gestes saccadées, ses mains blanchies aussi chantent, il est ici un poète, mime et diseur il nous attrape dans cette monotonie de Krapp pour nous dire avec Beckett, que l’existence peut être de création, de passion pour la langue et le théâtre, le spectacle, l’invention de l’espace scénique  et nous donne une sublime leçon de vie.

Françoise L Meyer

4 Décembre 2011

Publicités