Ciseaux, papier,
caillou

 

Daniel Keene

 

Jusqu’au 5 juin 2010

La Colline

Paris 20°

http://www.colline.fr/ciseaux-papier-caillou.html

 

Carlo Brandt un grand acteur ! La moindre des
choses que l’on puisse dire quand a assisté à une représentation de Ciseaux, papier, caillou. Il y fait
vibrer l’intériorité d’un personnage, errant depuis que son entreprise a fermé
et qu’il s’est retrouvé sans travail.  Il
révèle la douleur et le désarroi du tailleur de pierre déchu, dans un jeu d’une
grande sobriété, son  corps tout entier
est expression, sa démarche et ses gestes, mais aussi son visage, reflet d’un
être désemparé.  Ses partenaires ne sont
pas moins à louer dans leur jeu, leur rôle est plus réduit simplement.
Marie-Paule Laval, l’épouse, laisse entendre toute la pudeur d’une femme qui ne
veut pas blesser son homme, pas plus que dévoiler ses sentiments à un étranger.
Camille Pélicier-Brouet, leur fille, est elle aussi excellente dans ce rôle  d’adolescente de quinze ans. L’ami, Philippe Smith ne
démérite pas. Une solide direction
d’acteurs, certes !  Mais quels acteurs !

On peut regretter quelque lenteur  de la mise en scène. Si un rythme lent est
parfois nécessaire à soutenir le propos, aux fins de faire sentir l’inexorable déroulement
d’un temps qui n’est plus scandé par le travail du ciseau et du marteau, il
n’est pas toujours indispensable.

Les metteurs en scène, Marie-Christine Soma et Daniel
Janneteau, avec un dispositif scénique minimum, ont su créer une atmosphère entre
l’intime, celui du quotidien d’une petite famille,  et le fictionnel, celui de la raison qui
s’égare sur les chemins du discours intérieur de qui ne comprend plus le sens
de la vie. Quand
le travail qui permettait à l’homme d’entendre en même temps le bruit du coup de
marteau sur le ciseau, et celui du ciseau entamant la pierre, n’existe plus, que
reste-t-il ? Quand le corps n’est plus habité par les vibrations d’une
tâche, que devient-il ? Subsiste une boite à outil en bois, fabriquée par un père
mort, dans laquelle restent rangés dorénavant, 
des outils sans vie.   « …
Et les choses changeaient tous les jours elles changeaient, tout change, c’est
ça notre destinée ».  Ce qui change
c’est le sens, celui qui disparaît quand un homme n’est plus maitre de son
travail. Quand il ne sait plus ce que c’est qu’une pierre qui se transforme, en
stèle, en colonne  voire en statut. Le
monde tourne autour d’un caillou, le monde est un caillou poli par l’eau, mais où
se trouve l’homme ? Seules ses attaches, ses amours, sa femme et sa fille,
le lient encore au monde silencieux. Ce silence des outils qui se sont tus,
auquel fait échos le silence de Dieu et de la sainte vierge, les voix, les
bruits disparus de la carrière viennent l’habiter. Nous visitons l’homme dans
sa  souffrance, dans son âme, sa chair,
son être ? Les metteurs en scène font jouer les acteurs, tantôt devant,
tantôt derrière un grand voile qui partage le plateau, il est blanc comme les
draps de lit, gris comme la pluie, ou encore 
bleu comme le ciel. Que savons-nous de l’autre qui ne parle
pas ?     

 

Françoise L Meyer

Paris le 20 mai 2010

 

 

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